En transition vers un système monotraite/vaches nourrices sur troupeau normand

Témoignage d'Anthony Lebouteiller, éleveur à Moyon (50) - Groupe APAD simplification du travail

Anthony est éleveur en système herbager dans la Manche. Depuis deux ans, il veut se libérer du temps et produire de façon durable, quitte à produire moins. Dans cet objectif, il a commencé sa transition vers un système monotraite-vaches nourrices sur son troupeau normand et croisées Holstein x Normandes.


Les objectifs d’Anthony :

  • Faire du lait sans antibiotiques
  • Avoir du temps libre 
  • Avoir un travail de qualité et épanouissant
  • Fournir un produit de qualité au consommateur pour lui redonner confiance dans ce qu’il mange
  • Participer au maintien et au développement de la biodiversité

Est-ce que tu peux me raconter ton changement de système ?

"Entre 2003 et 2008/2009, je travaillais 70 heures par semaine pour 500€/mois. En intégrant le groupe CIVAM en 2008-2009, j’ai arrêté tous les intervenants (vendeurs d’aliments, contrôle laitier, entreprise,…) qui coûtent cher à l’exploitation pour être en totale autonomie : j’ai arrêté d’acheter 40 t de colza, j’ai maintenant mes Tru-test (compteurs à lait) et je fais moi-même mon contrôle laitier.   

A cette époque-là, je travaillais beaucoup pour pas grand-chose, et j’étais dégoûté du système, qui n’était pas cohérent. 

Je suis en individuel sur la ferme, je n’avais pas de week-ends, pas de répit. Je n’avais plus le temps de rien faire, plus l’énergie. Du coup, le passage en monotraite et vaches nourrices s’expliquait. J’ai mis les deux en place en même temps. 

 

Ma manière de fonctionner et mes conseils avec le recul d’une année comptable complète

Sur la monotraite

Mes pratiques

Je suis passé de 42 à 50 vaches pour compenser la perte de production avec une diminution de mes heures de travail de 70 à 50 heures par semaine soit 29 %. Le passage à 50 vaches sans augmentation de surfaces a été possible puisqu’en monotraite les vaches consomment moins. En moyenne, j’ai perdu 33 % de la production par vache (comme on le constate de manière générale dans les passages en monotraite) mais j’ai gagné quatre points de TB et deux points de TP. En matière utile, c’est donc plutôt autour de 25 % de baisse. La réduction du temps de travail a ainsi été, dès le début, supérieure à la perte en matière utile.

Pour le moment, tout n’est pas encore calé, il va falloir continuer d’adapter le troupeau au système. Mais tout changement nécessite quelques années d’adaptation !

Mes conseils

C’est important d’anticiper le futur système. De démarrer le système en ayant fait un peu plus d’élèves puisqu’il y aura des vaches à trier (du fait des problèmes de montées en cellules). C’est aussi l’occasion de remettre de la pression de sélection dans le troupeau : les vaches qui posent problème en monotraite sont souvent celles qui en posaient déjà un peu en double traite.

Dans la même dynamique, il faut donc anticiper l’augmentation potentielle du troupeau pour compenser la perte.

Quoi qu’il en soit, il faut bien intégrer qu’on limite les investissements pendant la période de calage. Ça nécessite du temps pour trouver l’équilibre entre économique, technique et humain.

Sur les vaches nourrices

L’adoption se fait sur des veaux d’au moins trois semaines pour qu’ils aient la vigueur de têter. 2 à 3 veaux sont placés dans un parc et la future vache nourrice les rejoint le soir. Il faut entre 5 et 10 jours pour que l’adoption se fasse, puis les nourrices et les veaux sont mis à l’herbe. Il faut surveiller les diarrhées et l’onglet au début. Après, ce n’est que du bénéfice : le travail est fait par les vaches et je ne donne pas de concentrés ! Les veaux restent entre 9 et 10 mois avec les mères et on peut valoriser des parcelles au loin. En fin de saison, toutes les nourrices avec leurs veaux sont rassemblées en un seul lot.

Auparavant, je mettais 5 veaux pour deux vaches. Les objectifs pour la suite sont de passer à deux veaux par vache pour privilégier les croissances et avancer l’âge au vêlage.

Pour conclure

Monotraite et vaches nourrices sont bien complémentaires : les vaches triées pour la monotraite partent en vaches nourrices. Ensuite, 10 % d’entre elles reviennent dans le troupeau laitier, et 10 % restent une deuxième année en nourrices. Le reste est réformé.

J’ai choisi de partir sur la monotraite parce que je n’avais pas envie de gérer un salarié. La monotraite est une option pour se libérer du temps, mais l’embauche d’un salarié peut aussi être un moyen pour y arriver ! C’est une piste d’amélioration, il y en a d’autres.

Par contre, les vaches nourrices, ça fonctionne vraiment bien !"